Mobilité propre : dogme versus pragmatisme

Il est étonnant de constater combien la société a besoin de dogmes pour s’engager et avancer. Il semble malheureusement plus facile de proposer une vision manichéenne des choses pour mobiliser massivement. L’attention des foules étant difficile à obtenir, le message doit véhiculer une vision forte et simple. Ce qui parait normal. Ce qui l’est moins, c’est de prendre des décisions pragmatiques et compatibles avec l’économie actuelle.

L’exemple de ce qui se passe sur la mobilité propre est frappant. Il y a encore deux ans, le diesel était mis en avant pour son bénéfice sur les émissions de CO2. Pendant des dizaines d’années, le même message avait été passé, les taxes sur les carburants adaptées à transformer le parc automobile en parc diesel. En 2015, le diesel représente ainsi plus de 62% des véhicules en France. Et puis, il y a eu septembre 2015, le Dieselgate. On apprend que Volkswagen à triché pour passer les tests d’homologation. On découvre que les émissions de particules fines sont bien au-delà des seuils admis. Les médias, chantres du diesel jusque-là, se font les détracteurs les plus farouches du diesel.

Et les maires décident d’interdire le diesel en ville. Mais est-ce raisonnable ? Quel est l’impact d’une telle décision ? Personne de l’analyse. Car le système s’est emballé. Il faut prendre des mesures fortes, visibles. Peu importe finalement si l’effet collatéral est une hausse des émissions de COin fine. Sait-on ce que représentent exactement les émissions de particules fines des voitures qui roulent à Paris ? A-t-on mesuré la différence entre deux voitures : une au diesel, une à l’essence ? Non. On se base uniquement sur des statistiques et quelques comparaisons de véhicules sans tenir compte de la réalité des usages.

Je ne dénonce pas aujourd’hui le choix de supprimer l’essence. Des décisions fortes permettent au moins de faire prendre conscience, de bouger les choses. Cela aura au moins le mérite de renouveler le parc. Mais je dénonce ici l’absence de mesure, des décisions prises sur des idées sans en mesurer les conséquences. Autre exemple : la Chine vient de décider d’exiger des constructeurs automobiles de vendre 10 % de véhicules hybrides ou électriques en 2019. Lorsque l’on part du principe que le véhicule électrique est propre, on salue cette décision. Mais en regardant de plus près, avec quoi est produite l’électricité en Chine ? Du charbon. Rouler massivement a l’électricité signifie émettre massivement du CO2 dans l’atmosphère. Les centrales ne sont pas, certes, en plein centre ville, mais la problématique des particules fines ne risque pas de se résoudre si vite. Sans compter l’utilisation massive de cobalt et de lithium pour produire les batteries. Ne risque-t-on pas ici un problème encore plus grand ? A nouveau, il ne s’agit pas de remettre en question le véhicule électrique, mais bien plutôt la prise de décisions trop radicales en l’absence de données. Certes il faut réduire drastiquement notre consommation d’essence ou de diesel. Mais faut-il pour ayant augmenter la consommation de charbon?

Les enjeux étant complexes et de plus en plus importants, il ne s’agit plus de prendre des décisions sur la base d’idées, mais avec des mesures exactes à l’appui. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire. Cela signifie qu’il est urgent de disposer de mesures fiables. A l’heure des objets connectés et de l’intelligence artificielle, cela parait incroyable de ne pas disposer de tous les éléments pour faire des choix. A quand des véritables analyses de cycle de vie permettant de mesurer l’impact de chaque décision ?

 

Passionnée de développement durable et de communication, je suis persuadée que c'est avec action concrète et engagement que nous construisons un monde meilleur.

#MakeOurPlanetGreatAgain 

 
1 réponse
  1. Michèlle Schitter
    Michèlle Schitter says:

    Débat bien posé. Ce qui est vérité aujourd’hui devient hérétique ensuite par ces mouvements de balancier d’une opinion qui ne sait plus « a quel saint se vouer  » … C’est aussi vieux que l’être humain qui a besoin de croire , pour apaiser ses peurs . Donc, oui essayons de résister aux opinions a priori séduisantes en approfondissant les connaissances .c’est pas gagné car d’un expert A l’autre , en fonction d’où il parle , ET en fonction des moyens utilisés , une découverte en cache une autre … Ainsi va le monde… La leçon est souvent la meme : le manichéisme est rarement bon conseiller . Ni blanc ni noir … ET avançons avec le courage et l’humilité De l’incertitude .

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