Diesel : du désamour au grand retour ?

Il a longtemps été diabolisé du fait de ses émissions de particules fines polluantes. Le diesel fait son come-back dans la cour des grands. Retour sur un « Diesel-bashing » qui a marqué ces dernières années. 

Diesel outragé, diesel brisé, diesel martyrisé…

Mais diesel réhabilité ? Loin de nous enflammer en paraphrasant le Général, il semble que le diesel fasse l’objet d’un retour en grâce. D’abord encensé parce qu’il consommait moins de carburant qu’un véhicule essence (entraînant moins de rejets de CO2 dans l’atmosphère), le diesel a ensuite fait figure de repoussoir écologique en raison de ses émissions de particules fines et oxydes d’azote (NOx).  Et pour cause : une étude publiée en 2017 dans la revue Environmental Research Letters. Celle-ci estimait que sur les 425 000 morts prématurées par an dues à la pollution de l’air, environ 10 000 pouvaient être directement attribuées aux émissions de NOx des moteurs diesel. De quoi en refroidir plus d’un.

Conséquence : de nombreuses municipalités se sont saisies de cet argument écologique pour refouler le diesel aux portes de la ville. Paris a ouvert le bal en interdisant les véhicules diesel les plus anciens en journée et en semaine sur la base des vignettes Crit’Air. Paris promet même une interdiction totale d’ici 2024. Grenoble, Strasbourg et le Grand Lyon lui ont emboîté le pas plus timidement en instaurant une « zone à circulation restreinte » pour les véhicules diesel de livraison les plus âgés. 14 métropoles dont Marseille, Nice, Saint-Etienne ou encore Toulouse se sont engagées auprès de l’Etat à mettre en place une « zone à faibles émissions » (ZFE) d’ici la fin de l’année 2020, dont seront exclus les « véhicules les plus polluants ». Des restrictions qui pour l’instant ciblent avant tout les professionnels.

Beaucoup de bruit pour rien ?

Sentant le vent tourner, les acteurs du marché ont donc commencé à se détourner du diesel, alors que celui-ci représentait encore 40% des immatriculations en France en 2018 (contre 45% en 2017) ! Or, derrière l’idéologie qui a banni le diesel se cache une réalité plus complexe : il y a diesel ET diesel. En effet, les normes européennes imposées aux véhicules diesel se sont considérablement renforcées au fil des années. Les dernières normes Euro 5 et Euro 6 sont beaucoup plus exigeantes que les premières ! Ainsi, les dernières générations de voitures diesel ne rejetteraient presque plus de particules fines. Ce serait notamment grâce aux filtres dont elles sont équipées.

Les Diesel récents sont-ils vraiment moins polluants ?

Les diesel Euro 6 sont autant voire moins polluants que les véhicules essence. Pourquoi ? Tout simplement parce que le diesel a connu son heure de gloire lorsque sa moindre consommation de carburant était mise en avant. Cela a largement orienté la R&D des constructeurs autour de cette énergie. Tout cet effort de recherche et d’innovation a permis la naissance de nouveaux véhicules diesel qui émettent autant voire moins de particules fines et NOx que les essences. Selon l’ADAC, la plus grande fédération automobile d’Europe, les moteurs diesel Euro 6 produiraient en moyenne 85 % de NOx de moins que ceux homologués Euro 5, voire 95 à 99 % en moins pour les plus performants ! A l’inverse, les véhicules essence continuent de consommer toujours plus de carburant et donc d’émettre davantage de CO2. Alors, qui est le plus polluant maintenant ? 

Les avantages fiscaux rois

La lutte essence contre diesel reste encore en faveur du diesel. Les entreprises peuvent, par exemple,, récupérer 80 % de la TVA sur le diesel. Mais il faudra qu’elles attendent 2021 avant de pouvoir le faire sur l’essence…  Les taxes sur les véhicules de société (TVS) restent également en faveur du diesel puisqu’elles restent basée exclusivement sur les émissions de CO2. L’essence consommant plus et donc émettant plus de CO2 reste plus taxée.

Le « diesel bashing » : une erreur idéologique 

Le débat houleux qui a animé les pro et anti diesel illustre à lui seul les dangers encourus lorsque l’idéologie passe avant les faits. En se détournant du diesel au profit de l’essence, l’Europe a augmenté ses émissions de CO2 en 2018. Or, la pollution n’émane pas que du pot d’échappement : en région parisienne, 48 % des émissions de particules fines proviennent des freins, des pneus et de l’usure des routes !

Afin de relancer la filière, le gouvernement envisage aujourd’hui de rendre les véhicules diesel Euro 5 et Euro 6 éligibles à la vignette Crit’Air 1 (actuellement réservée aux véhicules essence ou hybride). Vous n’avez pas fini d’entendre parler du diesel…