La théorie de l’évolution

Le gestionnaire de flotte : une espèce menacée ? Pas du tout, mais il connaît une mutation en profondeur. Bienvenue dans l’ère du gestionnaire 3.0. 

Evoluer pour survivre

La gestion de flotte évolue. Cela se fait un peu dans la douleur, car après de nombreuses années de stabilité, tous les paramètres bougent en même temps, brusquement.

Autrefois (on hésite même à écrire « jadis » pour en remettre une couche), le métier du gestionnaire était avant tout opérationnel : gérer les loueurs, les renouvellements, les amendes…

Aujourd’hui, le métier s’apparente plus à une planification subtilement orchestrée entre le juridique, les RH, le business, la RSE et les finances. Le véhicule est un outil de rémunération, un moyen business, un levier de la politique environnementale de l’entreprise voire même un outil rentable (au lieu d’être un poste de dépense) ! Voilà qui change la donne. Tel Shiva avec ses 4 bras, le gestionnaire doit se faire « multitâches ». Il suit et anticipe la réglementation (une tâche à plein temps !). Il pilote de manière fine les usages pour y répondre avec la bonne solution de mobilité. On lui demande également d’être persuasif pour donner au business ou aux collaborateurs envie d’adopter d’autres formes de mobilité… En clair, le gestionnaire de flotte 3.0 pilote à la manière d’un chef d’orchestre les déplacements des collaborateurs à moindres coûts financiers et écologiques. Deux mots qu’il faut arriver à faire rimer. Le poste devient stratégique. « Dans quinze ans, les entreprises auront avant tout besoin de responsables de la mobilité » résume Laurent Petit, chef du département marketing et business développement du loueur Alphabet.

La loi du plus vert 

D’abord parce que la loi contraint de plus en plus les flottes. Aujourd’hui, la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) prévoit pour les entreprises gérant un parc de plus de 100 véhicules l’obligation d’acquérir lors du renouvellement annuel de leur flotte :

  • 10% de véhicules à faibles émissions à partir du 1er Janvier 2022
  • 20% de véhicules à faibles émissions à partir du 1er Janvier 2024
  • 35% de véhicules à faibles émissions à partir du 1er Janvier 2027
  • 50% de véhicules à faibles émissions à partir du 1er Janvier 2030

Le texte prévoit également la fin de la vente de véhicules thermiques à partir de 2040. Et n’oublions pas que l’adoption du « Forfait Mobilité Durable » permet aux entreprises qui le souhaitent de verser jusqu’à 400€ exonérés de charges fiscales et sociales aux salariés venant travailler en vélo ou en covoiturage. Autrement dit, le gestionnaire de flotte est pris dans un tourbillon vert avec lequel il doit apprendre à jongler. Car il lui faut concilier objectifs business, économies, acceptabilité et durabilité. Notre monde est de plus en plus changeant. Pour Laurent Petit, « les jeunes générations sont moins enclines à posséder une voiture. Le coworking et le télétravail se développent. Le véhicule sera donc un outil comme beaucoup d’autres et le gestionnaire de flotte devra gérer tout cela ».

Les zones protégées 

Les Zones à Faibles Emissions (ZFE) bousculent aussi les plans du gestionnaire de flotte 3.0 qui doit apprendre de nouvelles cartes géographiques aux contours très flous. Depuis 2015, une vingtaine de métropoles se sont engagées auprès du Ministère de la Transition écologique et de l’ADEME dans le cadre de l’appel à projets « Villes respirables en cinq ans ». Concrètement, les ZFE sont des interdictions de circulation destinées aux véhicules thermiques, sur la base des vignettes CRIT’AIR. Nul doute que les véhicules estampillés CRIT’AIR 3 voire CRIT’AIR 2 seront voués à disparaître de nombreuses villes d’ici 2024…  D’ores et déjà, la ville de Paris a annoncé son souhait d’interdire à la circulation tous les véhicules Diesel sur son territoire à cette échéance ! Quand aux autres métropoles ayant signé l’appel à projet, elles prévoient l’interdiction complète des véhicules Diesel dans leurs périmètres respectifs à l’horizon 2030.

La nouvelle fiscalité européenne

Le gestionnaire de flotte doit aussi apprendre de nouvelles tables de multiplication. Celles des taxes. Après de longues années de stabilité, voilà qu’elles sont prises de frénésie. Rien que pour 2020, deux changements consécutifs sont prévus ! Le protocole WLTP (World Harmonized Light Vehicules Test) donne aussi du fil à retordre à notre gestionnaire de flotte 3.0.

WLTP est le futur protocole de tests de véhicules neufs. Mis en place au 1er Janvier 2020, il remplacera le protocole NEDC Corrélé (NEDCc). Il prévoit des tests plus poussés que le NEDC, ce qui entraînera inévitablement une hausse du CO2 / km pour les véhicules neufs. L’étude Jato Analytics menée en Finlande nous confirme cette tendance, en démontrant qu’un véhicule neuf qui dégage 9,5 g CO2/Km avec le protocole NECc dégagera 23g CO2/Km en plus avec le protocole WLTP. Entraînant de fait une hausse du malus écologique et de la TVS.

Dans ce contexte d’incertitudes, de changements brusques majeurs, le gestionnaire de flotte 3.0 doit apprendre la flexibilité, identifier les bons leviers pour adapter sa car policy aux enjeux sociaux et environnementaux de son temps… Et faire les bons choix. Le métier se restructure en profondeur et doit inventer de nouvelles solutions : passionnant !