Depuis janvier 2020, Air France compense les émissions de CO2 de ses 450 vols intérieurs par jour. Et cela fait couler beaucoup d’encre : ceux qui applaudissent. Et ceux qui condamnent. Alors, bonne nouvelle ou greenwashing ? Aujourd’hui les grands groupes sont attendus au tournant : faut-il condamner leurs actions ou les encourager ?

Ça chauffe pour les entreprises

Sous la pression sociétale, la réglementation pour tenter de limiter le réchauffement climatique s’accélère (et c’est une bonne chose !). Prenons l’exemple de l’automobile : entre 2019 et 2020, les constructeurs sont tenus de « réduire leurs émissions de 20 % » indique le cabinet Euler Hermes, « alors qu’ils ont mis dix ans pour les abaisser de 25 % ». En interne également, les entreprises sont sous la pression des salariés : selon une étude parue dans les Échos en 2019, la protection de l’environnement préoccupe 3 cadres sur 4 aujourd’hui. Certaines entreprises ont même du mal à recruter dans les grandes écoles et universités, en témoigne le Manifeste pour un réveil écologique signé par près de 40 000 étudiants qui préfèrent avoir « un avenir plutôt qu’un salaire ». De manière générale, aujourd’hui 87 % des Français se déclarent indifférents aux grands groupes.

Des tentatives vertes

Pourtant les grands groupes essaient d’agir. En octobre 2019, Air France a annoncé qu’elle allait compenser 100% de ses vols intérieurs en finançant des projets de « plantations d’arbres, de protection des forêts, de transition énergétique ou encore de sauvegarde de la biodiversité ». British Airways et EasyJet lui emboîtent le pas, Eurostar plante désormais un arbre pour chaque train qui traverse la Manche. Ça bouge aussi du côté des gros pétroliers, avec Shell qui veut faire pousser plus de 5 millions d’arbres en un an aux Pays-Bas, ENI vise 8 millions, ou encore qui veut investir 90 millions d’euros dans des projets forestiers.

Les critiques s’élèvent

Problème : des voix associatives et scientifiques contestent ces actions. La compensation carbone serait une solution « facile », moins chère que la décarbonation. Les entreprises se retrouvent désormais sous le feu nourri de critiques des médias, qui les attaquent en greenwashing. Devant ce risque d’image, les entreprises sont donc tentées de ne plus rien faire. Et pourtant, ce qu’on oublie, c’est que derrière la compensation carbone, les entreprises s’engagent également dans la réduction de leurs émissions. La feuille de route d’Air France, par exemple, comprend également la réduction des émissions par le renouvellement accéléré de la flotte, l’éco-pilotage, le recyclage et la valorisation des déchets, ainsi que la mobilisation de la recherche et de l’innovation pour des alternatives crédibles, en vue de rendre l’aviation plus durable. Mais on ne retient qu’une chose : elle plante des arbres…

Ce qu’on oublie également, c’est que l’urgence climatique est telle qu’il est indispensable d’agir tout de suite. La compensation carbone est d’ailleurs reconnue comme « action climatique » par l’ONU : il ne faut pas attendre d'avoir réduit au maximum les émissions de CO2 avant de compenser... Car on risque d'attendre longtemps ! Compenser ou réduire ? les deux sont désormais indispensables ! Alors, faut-il condamner les grands groupes – au risque de geler leurs envies d’agir – ou au contraire les encourager ?

Redonnons l’envie de l’écologie !

Regardons les choses en face : nous avons besoin des entreprises pour accélérer la transformation de la société et la rendre plus durable et équitable. Les mettre au ban ne nous mènera nulle part et nous avons tout à gagner à leur engagement RSE. C’est la vision de Bertrand Piccard (notre chouchou !) : ce pionnier de l’aviation solaire sillonne la planète à la rencontre des entreprises pour « réconcilier l'écologie avec l'économie » en faisant la promotion de solutions énergétiques rentables ou en passe de l'être. En 2019, sa fondation Solar Impulse a rallié Schneider Electric, qui rejoint ainsi Air Liquide et Engie mais aussi les start-ups Hype (taxis à hydrogène), Wagabox (biométhane à partir de déchets) et Solar Gem (centrales solaires modulaires). Ensemble, les membres de la Fondation partagent leurs expertises pour innover et développer des solutions pérennes face à l’urgence climatique.

C’est pourquoi nous avons un message à adresser aux entreprises : on ne peut pas plaire à tout le monde, n’attendez pas de faire l’unanimité et agissez !