C’est le titre d’un film, mais on ne va pas vous parler de fiction. Au plus fort de la crise, des voix se sont élevées pour appeler à une réduction drastique de nos émissions carbone. « La planète respire » pouvait-on lire partout. Pour que « le jour d’après » soit réellement efficace face au réchauffement climatique, on vous livre nos enseignements de la crise.

Le point sur la qualité de l’air

Qui dit ralentissement de l’activité économique et des transports dit amélioration de la qualité de l’air. Des rues désertes, un ciel dégagé, des autoroutes plus fluides…

En Chine, des images satellite de la Nasa montraient en février une baisse significative de la pollution. En particulier de la concentration de dioxyde d’azote (NO2) due principalement aux véhicules et centrales thermiques. « La réduction de la pollution de l’air en Chine a probablement sauvé 20 fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus ! » s’exclame alors un chercheur de l’université Standford en Californie, Marshall Burke, sur le site G-Feed.

En Île-de-France, « on n’a pas aussi bien respiré depuis 40 ans » selon un bilan d’Airparif publié le 25 mars. Cet organisme en charge de la surveillance de la qualité de l’air relève pour la semaine du 16 au 20 mars 2020 « une amélioration de la qualité de l'air de l'ordre de 20 à 30 % dans l'agglomération parisienne, consécutive à une baisse des émissions de plus de 60 % pour les oxydes d'azote. Malgré une augmentation du chauffage résidentiel, cette baisse est liée en grande partie à la forte diminution du trafic routier et aérien ». Une baisse des polluants de l'air accompagnée d'une baisse des émissions de dioxyde de carbone (CO2).

Mais faut-il pour autant s’enthousiasmer des effets provisoires de ces mesures exceptionnelles ? Le « jour d’après » devra-t-il être confiné ?

La réalité derrière les chiffres

Les émissions d’oxydes d'azote (Nox) ont enregistré une baisse exceptionnelle (de l’ordre de -50% à -70 %). Cependant, les résultats ne sont pas du tout les mêmes pour les particules fines. Leur niveau de concentration reste élevé. L'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) a mis au point un nouvel outil permettant de visualiser chaque jour les effets du confinement sur les concentrations de dioxyde d'azote et de particules fines. Il constate que ces émissions sont en particulier dues au chauffage et à l’épandage agricole.

Et lorsqu’on se penche davantage sur les effets réels du confinement, force est de constater l’augmentation d’autres sources de pollution. Le trafic Internet a augmenté de 70% en Italie et de 50% en France pendant le confinement. Déjà en temps normal, le simple visionnage de vidéos en ligne représentait 1% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre… Et que dire du e-commerce qui a augmenté de 40% au 1er trimestre 2020 ? Vous l’aurez compris, la réponse au défi climatique n’est pas aussi simple qu’on l’imagine. Vivre sous cloche n’a pas que des effets bénéfiques.

Surtout que les effets du COVID sur les émissions de CO2 ne sont même pas suffisants : pour respecter les accords de Paris, il faudrait plus d’un Covid par an

« La baisse d'émissions associée à l'arrêt forcé de toute activité industrielle, économique et de transport, ce n'est pas du tout cela dont nous parlons quand nous parlons de l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre » souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte dans un entretien sur France info le 2 mai. En revanche, on peut tirer de cette période des enseignements précieux, histoire d’éviter le scénario chinois : car selon un rapport publié le 18 mai  par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), la reprise des activités économiques en Chine entraîne déjà un niveau de pollution supérieur à celui d’avant le confinement !

Quelles leçons tirer de la crise ?

« C’est l’occasion unique d’avoir de nouvelles ambitions » affirmait Bruno le Maire, Ministre de l’Économie, dans une interview le 4 mai sur France Inter.

Alors qu’Air France reçoit 7 milliards d’euros d’aide de l’État français, ce soutien s’accompagne d’une requête (et pas des moindres) : « devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement de la planète ». Ce qui passe par la suppression des vols intérieurs par exemple.

On espère que ces annonces phares seront suivies d’actes concrets. Mais nous pouvons, nous aussi, à notre échelle, revoir nos habitudes pour que « le jour d’après » soit différent du jour d’avant.

Prenons l’exemple des déplacements professionnels : lorsqu’ils sont impératifs, des solutions existent pour limiter leur impact environnemental. En voiture par exemple, il suffit se s’interroger sur la nécessité de ces trajets, de s’organiser pour joindre tous les petits trajets prévus, ou d’adopter les bons gestes d’éco-conduite pour économiser jusqu’à 25% de carburant et réduire ses émissions (y compris de particules fines !).

Il est également possible de neutraliser ces mêmes émissions en finançant des projets labellisés de compensation carbone. Ces actions, lorsqu’elles sont démultipliées, ont un réel impact pour enrayer le réchauffement climatique. Sans faire table rase du passé, revoyons nos postulats pour faire mieux qu’avant. Se déplacer autrement et consommer différemment peut avoir un impact positif et surtout durable sur le climat. Saurons-nous être individuellement responsables ?