Le plan de relance de la filière automobile a été annoncé mardi 26 mai par le Président de la République. Mais que faut-il en retenir ? Notre mot d’ordre : pas de précipitation.

Une filière au point mort (pour le moment)

La crise du Covid-19 a frappé de plein fouet la filière : en avril 2020, le marché de l’automobile français a subi une chute de 88,8% des immatriculations de voitures neuves. Un effondrement lié au contexte hors norme du confinement : -84,3% pour PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel), -83,8% pour le groupe Renault (− 83,8 %), avec Dacia et Alpine… « L’industrie automobile repose sur les concessions, les ventes en ligne sont quasiment nulles. À partir du moment où le point de ventes est fermé, le commerce s’arrête. » explique Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem.

Alors, la filière est-elle au point mort ? Dans ses prévisions, le Comité des constructeurs français d’automobiles estime la baisse du marché à -20 % sur l’année 2020. Sous réserve d’un plan de relance conséquent, qui a été présenté mardi 26 mai par le Président de la République depuis une usine de l'équipementier Valéo, à Etaples (Pas-de-Calais).

Cap est donné sur l’électrique

Voilà l’essentiel du plan qui fixe un nouveau cap pour la filière automobile. Une enveloppe de 8 milliards d’euros est allouée à la relance du secteur. Alors, que retrouve-t-on au menu ? Pour re-booster les ventes de véhicules, Emmanuel Macron a annoncé le renforcement des primes à la conversion et aides à l’achat : 7000 euros de bonus écologique pour l’achat d’un véhicule électrique par des particuliers, 5 000 euros pour les entreprises et les collectivités, 2 000 euros pour les véhicules hybrides rechargeables. « Il faut que nos concitoyens achètent davantage de véhicules et en particulier de véhicules propres, pas dans deux, cinq ou dix ans. Maintenant. ». Un message repris par Luc Chatel, président de La Plateforme de l'automobile (PFA), qui appelle les Français « à se précipiter dès le 1er juin dans les concessions ».

Également au menu à partir du 1er juin : une prime à la conversion d'un montant de 3 000 euros à l'achat d'une voiture hybride neuve, 5 000 euros pour une électrique dans la limite de 200 000 véhicules. Autrement dit, un particulier qui "met au rebut son véhicule polluant diesel ou essence" recevra une aide de 3 000 euros, augmentée à 5 000 euros en cas d'achat d'un véhicule électrique. La mesure s’appliquant à un revenu fiscal de référence inférieur à 18 000 euros net, les trois quarts des Français pourraient donc en bénéficier.

Une relance économique plus qu’écologique ?

Ce plan de relance salué comme une aide aux véhicules propres s’accompagne de contreparties pour les constructeurs, qui doivent s’engager à « relocaliser la production à valeur ajoutée en France et à consolider et maintenir la totalité de la production industrielle sur nos sites », à l’image de PSA qui va installer à Sochaux la production de la 3008 électrique. C’est une bonne nouvelle pour l’environnement ! L’objectif ? Que d’ici 2025, la production de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hybrides soit de l'ordre d'un million, pour « faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe ». Pour autant, il faut garder en tête l'empreinte carbone globale de la filière. A cet égard, « la mise en œuvre d'indicateurs sur l'empreinte carbone globale en partant de la matière première au produit final devient une nécessité » souligne Jean-Marie Robert de la CFDT.

Mais alors faut-il se débarrasser d’un coup des véhicules existants ? Selon une récente étude Ipsos, les Français semblent plus que jamais déterminés à acheter un véhicule. Mais d’un point de vue écologique, il faut relativiser. L’achat d’un véhicule neuf, s’il n’est pas justifié par le remplacement d’un ancien véhicule très polluant, est plus nocif pour la planète lorsqu’on considère tout le cycle de fabrication. Si vous disposez des derniers véhicules thermiques avec la vignette CRITAIR’1, pourquoi s’en séparer ?

Et puis les véhicules annoncés comme « propres » par le gouvernement ne le sont pas toujours. Les hybrides rechargeables, par exemple, sont souvent sources de déception avec une surconsommation majeure et donc des émissions de CO2 à la hausse. Lisez la tribune que Valérie Mas et Fabien Carimalo ont signé dans Les Echos.

On invite donc à la prudence suite à cette annonce : l’achat d’un véhicule neuf doit être justifié et non précipité. Oui, il faut relancer économiquement la filière automobile. Mais pas au détriment de l’environnement. Tout revient toujours sur la notion de comportement et de responsabilisation individuelle. Peut-être pourrait-on mettre en avant l’importance de revoir ses déplacements et d’adopter les gestes d’éco-conduite pour réduire son empreinte environnementale avant d’inciter à l’achat de nouvelles voitures ?