Quand on parle de nos émissions de gaz à effet de serre, tous les regards se tournent vers les transports. Ou l’élevage industriel. Pourtant, notre empreinte carbone est composée de multiples « émissions cachées » sur lesquelles nous pouvons agir. Cette semaine, on fait le bilan avec vous !

Qu’entend-on par « bilan carbone » ?

Il s’agit de notre impact sur le changement climatique, mesuré en « kilogramme équivalent CO2 ». Pour Romain Poivet, chargé de mission climat à l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), « l’équivalent carbone est une unité de mesure scientifique, comme le mètre ou le kilo ». Notre bilan carbone mesure donc la quantité de gaz à effet de serre (GES) que nous émettons lors de la production, la distribution puis la consommation de divers produits.

La France est-elle « bonne élève » ?

« Nouvelle baisse des émissions de gaz à effet de serre en France en 2019 » titre avec fierté le site du Ministère de la Transition écologique. Pourtant en 2015, une note publiée par le Commissariat général au développement durable tirait la sonnette d’alarme : la France est « vertueuse » car elle ne prend en compte « que » son inventaire national. « Elle l’est beaucoup moins si l’on considère « l’empreinte carbone » globale, qui intègre les rejets carbonés générés, à l’étranger, par les biens et les services importés ». Ce n’est pas parce que nos émissions diminuent depuis 1990 que notre empreinte carbone suit le même chemin

Où se cachent nos émissions carbone ?

Pour le savoir, intéressons-nous aux émissions de gaz à effet de serre directes ou indirectes, générées par la vie quotidienne des Français. Si la diminution des ventes de véhicules et de la consommation de viande entraîne une baisse des émissions associées. En revanche, un poste augmente inexorablement : celui des téléviseurs et ordinateurs. « Les appareils achetés dans le mois de septembre 2019 ont généré 3 fois plus de gaz à effet de serre que les voitures achetées dans la même période l’année précédente ! » pointe l’indicateur Eco2 Climat, qui mesure l’empreinte carbone des Français. Les émissions associées à nos importations ont elles aussi augmenté : « + 87% de 1995 à 2015 » ! Ce que nous importons ? De l’énergie (électricité, carburants), des matières premières (minerais, alimentation…), des produits semi-finis (matériaux de construction, pièces détachées…) et des produits finis (plats préparés, équipements professionnels et ménagers, véhicules…). Voilà qui alourdit la facture

Les vraies émissions sont ailleurs 

Les émissions carbone se cachent parfois là où on ne les attend pas. Pour un smartphone, un réfrigérateur ou un canapé convertible, ce sont les matières premières utilisées pour leur fabrication qui génèrent le plus de « kilogrammes équivalent CO2 ». Ce qui n’est pas le cas d’un jean en coton, dont 40% des émissions carbone interviennent lors de sa mise en forme. On relève la même différence entre un véhicule électrique et un véhicule thermique : le premier a déjà plus pollué à sa sortie de l’usine que le second (en raison de la fabrication de sa batterie). De manière générale, l’extraction des matières premières, la production et le transport des marchandises sont les premières sources de rejet de gaz à effet de serre.

Faut-il tout recalculer ?

Probablement. C’est en tout cas l’avis d’Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet de conseil Utopies et de l’observatoire de la consommation responsable mescoursespourlaplanete.com. Dans son rapport intitulé « Les omissions de CO2, le rôle caché de notre consommation dans notre impact climatique », elle souligne que l’approche utilisée depuis le protocole de Kyoto ne fonctionne plus. « Celle-ci privilégie les émissions de CO2 sur un territoire à partir de ce qui est produit dans le pays, ce qui profite surtout aux Occidentaux, car ils importent de plus en plus ce qu’ils consomment. […] Or, si nous intégrions les émissions liées à l’importation des produits consommés sur le territoire français, nos émissions de CO2 seraient en hausse de 41 % ! ». 

Certes, nous produisons moins, mais nous importons plus. Le calcul du protocole de Kyoto favorise donc les pays occidentaux au détriment de pays comme le Cameroun, l’Algérie, l’Éthiopie ou encore le Ghana, « qui ne consomment quasiment rien pour l’instant mais qui émettent beaucoup car ce sont des pays exportateurs ».

Derrière l’impact carbone, il y a aussi d’autres unités de mesure qui s’intéressent à « l’épuisement des ressources, l’écotoxicologie ou l’eutrophisation de l’eau (un déséquilibre lié à la concentration d’azote) » selon Romain Poivet. Une mesure multicritères est d’ailleurs en cours de développement par la Commission européenne : Product Environmental Footprint. A suivre de près !

Afin d'évaluer l’empreinte sur le réchauffement climatique de vos objets du quotidien, un comparateur aléatoire d’impact carbone est disponible ici !