Depuis la reprise, les déplacements restent limités et le télétravail se maintient dans de nombreuses sociétés. L’objectif ? Éviter la propagation du virus. Alors, comment les entreprises s’adaptent-elles à ces nouvelles règles ? Comment les collaborateurs vivent-ils le changement dans leur quotidien ? On profite de la Semaine de la mobilité pour faire le point avec vous !

L’avant-Covid : « je vous parle d’un temps… »

En 2019, un Français parcourait en moyenne chaque semaine… 400 kilomètres, et passait plus de 10h dans les transports. Soit l’équivalent d’une journée et demie de travail et d’un Paris/Nantes. Tel était le résultat de l’ « Enquête Nationale Mobilités et Modes de vie »¹ réalisée par le Forum Vies Mobiles, sous la responsabilité de l’Observatoire Société et Consommation (Obsoco). Cette enquête pointait également la place centrale du travail dans nos modes de vie. « Chaque semaine, les personnes en emploi consacrent près de 12h à leurs déplacements contre seulement 7h chez les personnes hors emploi. Ils parcourent respectivement près de 500 kilomètres contre un peu plus de 200 kilomètres ». Au-delà des déplacements domicile/travail, l’enquête prenait aussi en compte (et pour la première fois !) la mobilité « dans le cadre du travail ». Ainsi en 2019, 40% des Français en emploi avaient des déplacements professionnels à « réaliser quotidiennement ou presque » ! Enfin, l’enquête révélait qu’en 10 ans (depuis 2008), les Français avaient plus que doublé leurs déplacements. Sacrée progression ! Oui mais ça… c’était avant.

Une pandémie plus tard… 

L’irruption du virus à l’échelle mondiale a rebattu les cartes de la mobilité professionnelle. En juin 2020, un collectif de 22 acteurs des secteurs de la mobilité et des transports (coordonné par le cabinet de conseil Innov360) publie les résultats d’une enquête² destinée à évaluer l’impact de la pandémie sur la mobilité à Paris et en Île-de-France. Ce qu’on y apprend ? Qu’il y a eu 2,5 fois plus de télétravail pendant le confinement en région francilienne. Et que depuis le 11 mai, seulement 59% des personnes qui étaient en télétravail ont repris leur activité « en présentiel », laissant encore 41% d’entre elles en home office. Cela vous paraît énorme ? Selon The Economist, les salariés français sont pourtant les Européens qui sont le plus retournés « physiquement » au bureau, contrairement aux Allemands (moins de 50%), aux Espagnols et Italiens (40%) ou encore aux anglais (30%).

Mais revenons-en à notre enquête francilienne : crise sanitaire oblige, celle-ci révèle aussi une évolution des modes de transport.  « 31% des sondés se sont détournés des transports en commun pour les déplacements domicile-travail. 16,2% ont arrêté de les utiliser et 14,8% les utilisent moins. A l’inverse, 32% des sondés privilégient désormais la voiture ». Les raisons de cette tendance ? « Il y a un sentiment d’insécurité sanitaire important à la fois dans les transports collectifs et individuels partagés » pointe l’étude. La marche et le vélo sont en nette progression également. Les sondés faisant en effet état d’une « envie de changer leurs habitudes » et d’un besoin de « prendre l’air et de profiter des espaces extérieurs. »​

Comment les entreprises se sont-elles adaptées ?

Certaines avaient déjà amorcé leur mutation avant la crise, pour des raisons budgétaires (et parfois écologiques). Diminution des voyages d’affaires, développement des visio-conférences, promotion des mobilités douces comme le vélo… Puis le Covid-19 a accéléré la mutation des entreprises. Pour Marie Prat, présidente de la commission numérique de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) : « la crise a mis un coup d’accélérateur à la transition numérique des PME française, c’est évident ». Avec les réunions virtuelles et le management à distance s’est donc développé le télétravail. La mutuelle MGEN vient d’octroyer 90 jours de télétravail par an à ses employés, tandis que l’assureur MAIF l’a généralisé à tous ses salariés sous la forme d’un forfait mensuel. Petit à petit, des entreprises se mettent à accorder des journées de télétravail à leurs employés, moyennant le port du masque en présentiel le reste du temps. Une progression qui reste néanmoins encore loin de la vague annoncée pendant le confinement du home office généralisé. « Le coronavirus circule toujours mais le télétravail recule » titrait même Le Point le 26 août 2020.

Pour beaucoup de chefs d’entreprise et de responsables RH, les outils numériques démontrent leurs limites lorsqu’il s’agit de négocier un gros contrat, piloter des sites de production, rencontrer des interlocuteurs importants, ou tout simplement « entretenir le sentiment d’appartenance à l’entreprise ».

Qu’en pensent les salariés ?

Selon une étude menée par Malakoff Humanis en juin 2020, 84% des salariés en France souhaitaient prolonger le télétravail. Pour eux, la crise sanitaire a prouvé qu’ils pouvaient s’épargner des déplacements chronophages et gagner en qualité de vie. Car au-delà de la crise sanitaire, l’équilibre vie perso/pro est un élément important qui fait pencher la balance en faveur du travail à distance. Concernant leurs déplacements, les pistes cyclables temporaires (« corona-pistes ») déployées dans les grandes villes ont donné un nouvel élan aux mobilités douces. De manière générale, les salariés semblent aspirer à une réduction de leurs déplacements pour ne garder que ceux qui sont « indispensables ». Et qui sait, le retour de la voiture marque peut-être l’occasion d’explorer davantage l’éco-conduite, la compensation carbone et les véhicules propres ! 

Bonne semaine de la mobilité à toutes et à tous !