Fin de la voiture thermique : rêve ou réalité ?

Branle-bas de combat ! Les députés français ont voté le 11 juin la fin de la vente de véhicules thermiques d’ici 2040. Le compte à rebours serait-il lancé ? Attention à ne pas l’enterrer trop vite. Car la voiture thermique représente aujourd’hui 98,5% des ventes de véhicules neufs en France. On est encore loin de la fin de course annoncée…

Gare à la poudre de perlimpinpin 

« La France se fixe l’objectif d’atteindre, d’ici à 2050, la décarbonation complète du secteur des transports terrestres ». Telle est l’ambition de la loi d’orientation des mobilités (LOM). Elle inclut depuis le 17 mai la fin de la vente de véhicules thermiques neufs. A travers cette mesure, la France emboîte le pas à des pays comme la Norvège ou le Danemark. Pourtant, on se souvient très bien d’une autre ambition formulée par Nicolas Hulot en 2018 : la montée en régime de la taxe carbone, dont le coût social fut à l’origine de la colère des Gilets Jaunes… Pour finalement aboutir à la suspension de cette taxe en 2019. Un pas en avant, deux pas en arrière. Sachant que la loi LOM n’est pas encore votée, on est en droit de se montrer prudents.

Une route plus longue qu’on ne croit 

Un parc de véhicules met en moyenne 10 ans à se renouveler : voilà qui nous fait relativiser l’échéance de 2040 ! Sans oublier qu’aujourd’hui, 7 Français sur 10 prennent tous les jours la voiture pour se rendre au travail. Parmi eux, une majorité de salariés en zones périurbaines et rurales, notamment pour des trajets de banlieue à banlieue. Souvent des ouvriers (78%) et professions intermédiaires (75%). Ils sont rejoints sur les routes par les véhicules de livraison des entreprises. A ces besoins réels s’ajoutent aussi les tendances, tenaces elles aussi. En témoigne le succès persistant des SUV, qui représentaient en 2017 le tiers des immatriculations en France. Or, ces 4×4 urbains ultra prisés des Français sont aussi très consommateurs de carburant… 

Si l’orientation est bonne, le chemin ne l’est pas (encore) 

Good news : des taxes incitatives sont mises en place pour nous amener vers des véhicules plus propres. 

Bad news : elles ne produisent pas l’effet escompté. Bien au contraire, on constate ces dernières années un recul du diesel au profit de l’essence. L’objectif affiché était de réduire les émissions de particules. Le résultat est tout autre. Les nouveaux véhicules diesel n’émettent pas plus de particules que les véhicules essence. Et le report vers les véhicules à essence a indubitablement entraîné une surconsommation et l’augmentation des émissions de CO2. Un pas en avant, deux pas en arrière. 

Le même constat s’applique à la progression des véhicules hybrides, encouragée elle aussi par une taxation favorable. Séduisante à bien des égards, la voiture hybride montre aujourd’hui ses limites en matière de réduction de la consommation. Elle est certes très adaptée aux déplacements en ville. Mais elle a une fâcheuse tendance à surconsommer dans des trajets extra urbains… Un pas en avant… Vous connaissez la suite. 

Le compte à rebours (le vrai) 

On ne va pas se mentir, la voiture thermique a encore de beaux jours devant elle. Est-ce incompatible avec la sobriété ? Bien sûr que non ! D’autant qu’on ne peut pas se permettre d’attendre 2040 pour se retrousser les manches. Souvenez-vous, la France s’était engagée lors de la COP21 à réduire de 40% ses émissions de CO2d’ici 2030.  Le vrai compte à rebours est là ! Il nous reste à peine 10 ans pour redresser la barre et atteindre cet objectif dont nous nous éloignons actuellement. Si la suppression des véhicules thermiques nous donne un cadre à long terme, notamment pour les industries, c’est à court et moyen terme qu’on doit s’engager collectivement et individuellement. D’ici 2050, les gouvernements se seront succédés… Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? 

Il nous faut donc trouver dès aujourd’hui des solutions pour réduire consommation de carburant et émissions de CO2. Alors on décélère et on réfléchit : quels véhicules et carburants sont les mieux adaptés à nos usages ? Quels déplacements sont vraiment nécessaires et quels sont ceux qui peuvent être remplacés par une visioconférence ? Le train n’est-il pas plus reposant et écologique sur les longues distances ? Grands ou petits trajets, déplacements quotidiens ou moins fréquents, transport de charges lourdes ou voyages légers… Selon les besoins se dessinent les types de transports et de carburants nécessaires pour réduire notre empreinte environnementale. Et lorsque la voiture est indispensable, à nous d’adopter les bons gestes d’éco-conduite qui peuvent faire économiser jusqu’à 15% de carburant !  Pour les gestionnaires de flottes, c’est toute la car policy qu’il faut revoir en faisant attention à l’usage et à la consommation de carburant pour une utilisation raisonnée (et raisonnable) !

Et puis après tout, si les sneakers blanches ont pu retrouver une deuxième jeunesse après les années 80, si les légumes anciens réapparaissent dans nos assiettes et si la fière moustache de nos arrières grands-pères a réussi son come-back fashion, gageons que la voiture thermique est capable de se réinventer avec nos nouveaux usages. Et pourquoi pas devenir rétro-cool ET environnement-compatible.