Le 26 mai, le Président de la République annonçait un plan de relance de la filière automobile résolument orienté vers les véhicules électriques et hybrides. Depuis, les ventes de ces véhicules se sont envolées. Véritable transition ou simple feu de paille ? Prenons un peu de recul.

Du jamais vu

La mise en place du plan de relance a eu un effet booster sur les ventes des véhicules dits « propres ». « En juin 2020 (par rapport à juin 2019), les ventes de véhicules électriques et hybrides rechargeables en France ont explosé à +231 % avec 22 630 unités » indique le 8 juillet l’association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere). 

D’ailleurs, il y a eu autant de ventes au premier semestre 2020 que sur l’ensemble de l’année 2019 ! Mais cette tendance est-elle durable ? Pas sûr.

Sous perfusion

« Les consommateurs sont très sensibles aux incitations », indique Petr Dolejsi, directeur de la mobilité et du transport durable à l’ACEA, qui se réfère aux exemples des Pays-Bas et du Danemark. Dans ces deux pays, « nous avons connu une forte hausse des ventes après des incitations publiques, disparue aussitôt ces mesures arrivées à leur terme », affirme-t-il.

Or, en France, on commence déjà à atteindre les plafonds des subventions. Comment vont se comporter les acheteurs une fois les primes disparues ? Le Président de la République a annoncé vouloir maintenir la prime à la conversion pour passer d’un vieux véhicule à un véhicule moins polluant. Mais est-ce vraiment souhaitable ? La réponse à cette question n’est pas simple.

Réduction drastique des investissements des entreprises

Ce que l’on observe, c’est que la tendance est fragile. Toutes les entreprises ont réduit drastiquement leurs investissements suite au confinement. Certaines entreprises, qui avaient décidé de transformer radicalement leur flotte en passant du thermique à l’hybride ou l’électrique se posent aujourd’hui la question de repousser ces investissements coûteux à des jours meilleurs. Le marché des entreprises, booster du marché des véhicules neufs, reste en recul au mois de juin

Télétravail et mobilité

Outre les contraintes financières, on assiste à un bouleversement des habitudes de travail et de mobilité : durant le confinement, les entreprises ont adopté massivement le télétravail, et se posent même la question d’en faire la nouvelle norme. De plus, la plupart des collaborateurs n’ont pas encore repris leur travail au bureau de manière régulière. Les flottes d’entreprise vont-elles être re-considérées ?

Des constructeurs au ralenti

En parallèle, les constructeurs ont massivement souffert de la crise, et l’adaptation des lignes aux nouvelles motorisations, qui nécessitent des investissements majeurs, complexifient leur santé financière. Le Covid a bloqué la production en Asie, là où la majorité des batteries sont produites. Les constructeurs ont dû réduire leurs gammes. Les entreprises doivent également encaisser le coup : « Les chaînes tournent à très faible allure : entre un quart et 50 % de leur rythme habituel. La rentabilité est anéantie et les constructeurs continuent à perdre de l’argent ». En témoigne l’exemple emblématique de Renault, dont le plan d’économie (plus de 2Md€ sur 3 ans) prévoit la suppression de 15 000 emplois dans le monde, dont 4 600 en France. Au global, « malgré les mesures de relance en faveur de l’automobile, le premier semestre 2020 reste très négatif pour le marché entreprise », constate l’observatoire.

Hydrogène à l’horizon !

Tous ces freins pourraient n’être qu’un contre-temps dans l’avènement de l’électrique si… le futur de l’électrique était clair. Mais une nouveauté pointe son nez : l’hydrogène.

La commission européenne ambitionne, en effet, de positionner l’hydrogène comme une énergie incontournable à l’horizon 2050 pour les transports. Au point que les voitures à pile à combustible pourraient détrôner les modèles électriques à batterie. Faut-il dès lors investir dans les infrastructures de recharge voire dans les lignes de production électrique ? Car, l’électrique ou l’hybride ont grand besoin d’investissements majeurs pour poursuivre leur course. Ne serait-ce qu’en terme d’infrastructures de recharge, qui nécessitent des travaux importants, et donc des financements. Or l’hydrogène a cette capacité extraordinaire de pouvoir être transporté sous forme liquide, comme le pétrole aujourd’hui. Pour l’hydrogène, point ne serait besoin d’investir dans des travaux coûteux de bornes de recharge un peu partout dans le pays. Après tout, qui se souvient du mini-disque, cette « nouveauté » qui n’a été finalement qu’une transition entre nos bonnes vieilles cassettes et l’avènement du mp3 ?

L’avenir des véhicules électriques ou hybrides est donc encore loin d’être tout tracé. Mais une chose est sûre, il faut être attentif à ce que la mode ne favorise pas, à l’inverse, une augmentation du CO2 : des voitures électriques produites en Chine avec une énergie fortement carbonée ou encore des véhicules hybrides mal utilisés qui sur-consomment du carburant.

Plus que jamais il convient d’éviter toute idéologie. Soyons prudents et posons-nous les bonnes questions avant d’acheter une voiture électrique ou hybride. Car elles ne sont pas toutes écologiques ou économiques sur tous les usages. Sans parler du fait qu’il serait dommage d’investir dans un mini-disque alors que le mp3 se dessine au loin…