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Pourquoi les gains d’écoconduite s’érodent, et ce qui les fait tenir

22 septembre 2026 - par Fabien Carimalo

Un manager fier présente les résultats du mois et lève le pouce : les gains d’écoconduite tiennent avec un suivi mensuel
Image décorative.

Un stage d’écoconduite fait baisser la consommation de quelques pour cent en quelques semaines. Puis les habitudes reviennent, et le gain fond. La recherche mesure cette érosion depuis quinze ans, et elle dit aussi ce qui la stoppe : le retour d’information, le suivi dans la durée et la reconnaissance.

Cet article rassemble ce que les études publiques ont mesuré sur la durée des gains d’écoconduite, explique le mécanisme de l’érosion, et le compare à ce que nous constatons chez nos clients quand la démarche est animée mois après mois.

En bref

  • Selon le guide de l’ADEME et de La Poste (2009), une formation ponctuelle donne en moyenne 6 % de consommation en moins (de 4 à 20 % selon les conducteurs), et les gains s’érodent d’environ 2 points en 15 mois si rien n’est mis en place ensuite.
  • Selon Barla et al. (2017), le gain d’un stage passe de 4,6 % à 2,5 % en ville en dix mois et disparaît sur route après une trentaine de semaines.
  • Selon la méta-analyse de Sanguinetti et al. (2020), un retour d’information au conducteur améliore la consommation de 6,6 % en moyenne, davantage quand il s’accompagne de consignes ou de reconnaissance.
  • Selon Pinchasik et al. (2021), des suivis mensuels et des récompenses font durer les gains, jusqu’à 9 % de carburant chez des chauffeurs de poids lourds.
  • Chez nos clients : De 10 à 15 % de carburant en moins, constatés chez nos clients quand la démarche est portée par le management : −12 % chez Eiffage Rail (2022-2025, jusqu’à 800 véhicules), −15 % en un an chez Vinci Facilities Property Solutions (2024), −15 % sur les véhicules légers chez Charier (résultat annoncé en février 2020 par le président du directoire), −10 % sur l’année 2020 chez Suez Consulting.

Le mécanisme : un geste appris n’est pas un geste acquis

L’écoconduite tient en quelques gestes physiques : relancer d’un pied progressif, lever le pied tôt, tenir une vitesse stable, regarder loin devant. Chacun s’explique par une loi simple, l’inertie ou la résistance de l’air, détaillée dans la physique de l’écoconduite. Comprendre ces lois prend une heure. Les appliquer chaque jour est une autre affaire.

Conduire est une activité largement automatique. Après quelques années de volant, les gestes s’exécutent sans attention : le pied accélère, freine et relance comme il l’a toujours fait. Un stage remplace pendant quelques semaines ces automatismes par des gestes conscients, qui demandent de l’attention. Or l’attention est une ressource limitée, et elle est sollicitée par tout le reste : le trafic, le téléphone, le retard, la fatigue. Sans rappel, elle retourne aux automatismes anciens, et la consommation avec elle.

C’est pour cela que la courbe d’un stage seul a toujours la même forme : une baisse nette dans les premières semaines, une remontée progressive, puis un plateau proche du point de départ. Ce que les études mesurent, c’est la pente de cette remontée, et ce qui la freine.

Ce que la recherche a mesuré

Études publiques sur la durée des gains d’écoconduite, par ordre chronologique. Les pourcentages portent sur la consommation de carburant. Les dispositifs et les effectifs diffèrent : les résultats se lisent chacun dans son cadre.
ÉtudeDispositif et effectifGain mesuréCe qu’il en reste
ADEME et La Poste, 2009Formation initiale des conducteurs de La PosteEnviron 6 % en moyenne pour tous les formés, de 4 à 20 % selon les conducteursPerte d’environ 2 points sur 15 mois si rien n’est mis en place ensuite : « la formation initiale ne suffit pas »
Beusen et al. (VITO), 200910 conducteurs suivis 10 mois par enregistreur embarqué, avant et après un stage−5,8 % de consommation quatre mois après le stageUne partie des conducteurs retombe dans ses habitudes
Barkenbus, 2010Revue de politiques publiquesEnviron 10 % de carburant en moins « en moyenne et dans la durée »À condition de combiner formation, retour d’information, incitations et norme sociale
Alam et McNabola, 2014Revue critique des dispositifsDe 5 % à 40 % selon les dispositifs publiésRésultats contradictoires en centre-ville congestionné : c’est la méthode qui fait l’écart
Barla et al., 2017Stage, conducteurs suivis dix mois−4,6 % en ville, −3,5 % sur route les dix premières semaines2,5 % en ville après dix mois ; sur route, non significatif après une trentaine de semaines
Huang et al., 2018Revue de la littérature sur les technologies d’écoconduiteEffets positifs d’une formation comme d’un dispositif embarquéLes deux s’atténuent avec le temps sous le poids des habitudes
Sanguinetti et al., 2020Méta-analyse, 17 études, 23 tailles d’effet, retour d’information embarqué+6,6 % d’efficacité énergétique en moyennePlus fort avec des consignes ou des récompenses ; la durée d’intervention est négativement liée à l’effet
Pinchasik et al. (TØI), 2021Essai contrôlé randomisé, chauffeurs de poids lourds en Norvège5,2 à 7,5 % en borne basse, jusqu’à 9 %Effets plus durables que dans la littérature, attribués aux suivis mensuels et aux récompenses

Lus ensemble, ces travaux tiennent en trois phrases. Un stage seul produit un gain réel, mais qui s’érode en quelques mois. Un retour d’information au conducteur produit un gain comparable, et le maintient tant qu’il est lu. Le suivi dans la durée, avec des consignes et de la reconnaissance, est ce qui transforme un gain de quelques semaines en gain de plusieurs années.

Ce qui érode le gain, point par point

La formation sans suite

Le guide de l’ADEME et de La Poste (2009) le dit dans ses propres termes : la formation initiale ne suffit pas. Le stage donne le savoir et l’envie ; il ne donne pas le rappel quotidien qui empêche les automatismes de reprendre le dessus. La perte d’environ 2 points sur 15 mois mesurée chez La Poste est celle d’un dispositif pourtant bien mené, à grande échelle.

Le retour d’information que personne ne regarde

Un enregistreur ou une application produisent un score. Sanguinetti et al. (2020) montrent que ce score n’agit que s’il est accompagné : une consigne claire sur le geste à travailler, et une forme de reconnaissance quand le geste progresse. Un chiffre seul, envoyé dans le vide, s’ajoute au bruit et finit ignoré. C’est aussi ce que relève Huang et al. (2018) : le dispositif embarqué s’use comme le stage, sous le poids des habitudes.

L’absence de norme collective

Barkenbus (2010) insiste sur la norme sociale : un conducteur tient un geste quand ses collègues le tiennent aussi, et quand l’entreprise le dit. Un programme porté par un seul service, sans le management, reste une initiative individuelle, et une initiative individuelle ne survit pas au premier retard.

Ce qui fait tenir : le suivi, la consigne, la reconnaissance

L’essai de Pinchasik et al. (2021) est le plus instructif, parce qu’il est contrôlé et randomisé : des chauffeurs de poids lourds ont reçu des suivis mensuels et des récompenses, d’autres non. Les premiers ont gardé leurs gains, jusqu’à 9 % de carburant, là où la littérature annonçait une érosion. Le dispositif qui fait tenir n’est ni le stage ni le score : c’est le rendez-vous mensuel qui les relie.

C’est exactement la logique d’un programme d’écoconduite en entreprise, décrite sur notre page écoconduite en entreprise :

  1. Former, pour donner les gestes et leur physique : notre formation à l’écoconduite est dispensée par un organisme certifié Qualiopi.
  2. Mesurer, conducteur par conducteur, pour que chacun sache où il en est, et pour que le gestionnaire voie ce qui bouge.
  3. Animer chaque mois : un reporting pour le gestionnaire, un mail d’analyse pour chaque conducteur, un geste à travailler, et la reconnaissance de ceux qui progressent. Un challenge d’écoconduite relance l’attention quand elle retombe.

Ce que nous constatons chez nos clients

De 10 à 15 % de carburant en moins, constatés chez nos clients quand la démarche est portée par le management : −12 % chez Eiffage Rail (2022-2025, jusqu’à 800 véhicules), −15 % en un an chez Vinci Facilities Property Solutions (2024), −15 % sur les véhicules légers chez Charier (résultat annoncé en février 2020 par le président du directoire), −10 % sur l’année 2020 chez Suez Consulting.

Le point commun de ces flottes est le portage par le management et l’animation mensuelle. Dans son témoignage de 2024, Vinci Facilities Property Solutions met en avant les reportings mensuels, le mail d’analyse et l’animation des conducteurs, repris et personnalisés par l’équipe qui anime le programme, avec un classement partagé chaque mois. Le −15 % de cette flotte est un cas haut de la fourchette ; il a été obtenu dans ces conditions, et il ne se promet pas à qui ne les réunit pas. L’ensemble des résultats constatés, avec leurs périodes et leurs périmètres, est réuni sur notre page de résultats clients.

Ce que la mesure regarde, mois après mois. Les freinages forts, les accélérations fortes, la part du temps à vitesse élevée et l’efficacité énergétique de chaque conducteur : quatre indicateurs qui gardent la trace des gestes du stage. Quand l’un d’eux remonte, l’animation du mois suivant le prend pour thème. C’est cette boucle, et non le stage, qui empêche la courbe de remonter. Pour chiffrer ce que représente un gain de 10 à 15 % sur votre budget carburant, utilisez notre calcul de l’économie de carburant d’une flotte.

Trois questions à se poser avant de lancer une formation

  • Qui relira les résultats dans six mois ? Si la réponse est « personne », le gain suivra la courbe de Barla et al. (2017).
  • Le management portera-t-il la démarche ? Un mail mensuel relayé par un manager pèse plus qu’un mail automatique.
  • Chaque conducteur saura-t-il où il en est ? La mesure conducteur par conducteur est ce qui rend l’animation possible. La compatibilité de vos véhicules se vérifie par leur numéro de série : tester l’éligibilité de vos véhicules, sans frais.

Questions fréquentes

Combien de temps durent les effets d’une formation à l’écoconduite ?

Quelques mois, si rien ne suit. Selon Barla et al. (2017), le gain d’un stage passe de 4,6 % à 2,5 % en ville en dix mois et disparaît sur route après une trentaine de semaines. Selon le guide de l’ADEME et de La Poste (2009), les gains s’érodent d’environ 2 points en 15 mois quand rien n’est mis en place après la formation initiale.

Quel gain de carburant peut-on attendre de l’écoconduite ?

Cela dépend du dispositif. Une formation ponctuelle donne en moyenne 6 % de consommation en moins chez La Poste (de 4 à 20 % selon les conducteurs, ADEME, 2009). Un retour d’information au conducteur améliore la consommation de 6,6 % en moyenne sur 17 études (Sanguinetti et al., 2020). Barkenbus (2010) situe l’écoconduite à environ 10 % de carburant en moins dans la durée, à condition de combiner formation, retour d’information et incitations.

Qu’est-ce qui fait tenir les gains d’écoconduite dans le temps ?

Le suivi. Dans l’essai contrôlé de Pinchasik et al. (2021), des suivis mensuels et des récompenses ont fait durer les gains, jusqu’à 9 % de carburant chez des chauffeurs de poids lourds. Chez nos clients, les gains constatés vont de 10 à 15 % quand la démarche est portée par le management, avec un reporting mensuel et un mail d’analyse aux conducteurs.

Quels résultats WeNow a-t-il constatés chez ses clients ?

De 10 à 15 % de carburant en moins, constatés chez nos clients quand la démarche est portée par le management : −12 % chez Eiffage Rail (2022-2025, jusqu’à 800 véhicules), −15 % en un an chez Vinci Facilities Property Solutions (2024), −15 % sur les véhicules légers chez Charier (résultat annoncé en février 2020 par le président du directoire), −10 % sur l’année 2020 chez Suez Consulting. Chaque chiffre porte sa période et son périmètre.

Sources

  1. ADEME et Groupe La Poste, « Guide de formation à l’éco-conduite. Enjeux, témoignages, méthodes (réf. ADEME 6666) », 2009. Consulter la source
  2. B. Beusen et al. (VITO), Transportation Research Part D, « Using on-board logging devices to study the longer-term impact of an eco-driving course », 2009. Consulter la source
  3. P. Barla et al., Energy Economics, « Eco-driving training and fuel consumption: Impact, heterogeneity and sustainability », 2017. Consulter la source
  4. Y. Huang et al., Renewable and Sustainable Energy Reviews, « Eco-driving technology for sustainable road transport: A review », 2018. Consulter la source
  5. A. Sanguinetti et al., Transportation Research Part F, « Average impact and important features of onboard eco-driving feedback: A meta-analysis », 2020. Consulter la source
  6. D. R. Pinchasik et al. (TØI), Energy Research and Social Science, « Can active follow-ups and carrots make eco-driving stick? Findings from a controlled experiment among truck drivers in Norway », 2021. Consulter la source
  7. J. N. Barkenbus, Energy Policy, « Eco-driving: An overlooked climate change initiative », 2010. Consulter la source
  8. M. S. Alam et A. McNabola, Transport Policy, « A critical review and assessment of Eco-Driving policy and technology: Benefits and limitations », 2014. Consulter la source

Mise à jour : 22 septembre 2026.

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