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Freiner, c’est jeter de l’énergie : l’anticipation, un geste, deux gains
22 septembre 2026 - par Fabien Carimalo

Chaque freinage au frein transforme en chaleur une énergie que le moteur a payée quelques secondes plus tôt. L’anticipation, c’est-à-dire lever le pied tôt et laisser rouler, garde cette énergie pour avancer, la renvoie vers la batterie en électrique, et réduit dans le même geste le risque d’accident.
Cet article explique la physique du freinage, donne les ordres de grandeur publiés sur l’énergie perdue et récupérée, montre ce que la recherche a mesuré sur la sécurité, et ce que nos mesures en flotte ajoutent : à véhicule identique, c’est le conducteur qui fait l’écart.
En bref
- Selon Xu et al. (Sensors, 2021), en ville près de 40 % de l’énergie part dans les accélérations, et le style de conduite fait varier la consommation de 15 à 25 % sur un thermique.
- Selon l’Université d’Eindhoven (2015), lever le pied tôt et laisser rouler économise environ 10 % d’énergie en ville, avant même la récupération.
- Selon Berjoza et al. (2022), une voiture électrique récupère en ville jusqu’à un quart de l’énergie qu’elle consomme grâce au freinage régénératif ; selon une revue de 2025 (Energies), l’énergie récupérée peut représenter 20 à 40 % de l’énergie de propulsion, à condition de freiner assez tôt.
- Selon Szumska et Jurecki (2022), un freinage doux récupère davantage qu’un freinage appuyé, et d’un conducteur à l’autre l’énergie jetée dans les freins par kilomètre varie du simple au sextuple.
- Selon la TIRF (2023), sur 2 604 conducteurs professionnels et 341 millions de kilomètres, l’écoconduite réduit de 7 % les freinages brutaux et de 4 % le risque de collision.
- Sur les flottes que nous mesurons, à véhicule identique, l’écart entre conducteurs atteint 13,1 % sur la Mégane E-Tech, 10,6 % sur la Scénic E-Tech et 9,3 % sur la 208 II électrique.
Le mécanisme : une énergie payée, puis jetée
Mettre une voiture en mouvement demande de l’énergie : à 90 km/h, une voiture compacte d’une tonne et demie emporte près d’un demi-mégajoule d’énergie de mouvement, qu’un moteur à essence produit en brûlant environ 5 centilitres. Cette énergie croît avec le carré de la vitesse. Un arrêt complet au frein la transforme intégralement en chaleur dans les disques et les plaquettes : elle est perdue, et il faudra la payer de nouveau à la relance suivante.
Lever le pied tôt change le destin de cette énergie. Le véhicule continue d’avancer en la dépensant contre la résistance de l’air et le roulement, sur des dizaines ou des centaines de mètres, au lieu de la dissiper en quelques secondes. Sur un moteur thermique, l’injection se coupe pendant cette phase : les mètres parcourus pied levé sont gratuits. Sur une voiture électrique ou hybride, le moteur devient générateur et renvoie une partie de l’énergie vers la batterie.
En ville, ce cycle se répète à chaque feu, à chaque stop, à chaque ralentissement. Selon Xu et al. (Sensors, 2021), l’énergie d’un trajet urbain se répartit entre les accélérations (38 %), la croisière (35 %), le ralenti (19 %) et les décélérations (8 %) : réduire l’intensité des accélérations et des décélérations est le levier le plus efficace en ville, et le style de conduite fait varier la consommation de 15 à 25 % sur un thermique, environ 25 % sur un véhicule électrique et jusqu’à 50 % sur un hybride.
Ce que l’anticipation rapporte, avant la récupération
Le premier gain ne doit rien à la batterie. Selon l’Université technique d’Eindhoven (2015), une conduite « à vitesse optimale », qui lève le pied tôt et laisse le véhicule en roue libre jusqu’à 29 % du temps en ville, économise environ 10 % d’énergie en ville, avant même la récupération. La même étude mesure ce que la régénération ajoute ensuite : par rapport à une conduite sans récupération, 22 % d’énergie en moins en ville et 13 % sur route.
Ce point compte pour une flotte thermique : le geste d’anticipation vaut sur tous les véhicules. Il est au cœur de notre vidéo approcher un stop ou un feu rouge sans gaspiller d’énergie, et l’épisode 9 de la série la physique de l’écoconduite le relie à tous les autres.
Ce que le freinage régénératif récupère, et à quelle condition
| Source | Cadre | Résultat |
|---|---|---|
| Berjoza, Pirs, Jurgena, 2022 | Voiture électrique, parcours urbain réel, réglage de récupération maximal | 24,7 % de l’énergie consommée récupérée ; jusqu’à 35,1 % sur un essai isolé de 50 km/h à l’arrêt ; littérature : gain moyen de 15 % pour une électrique, 10 % pour un hybride léger |
| Szumska et Jurecki, 2022 | Voiture électrique, ville, route, autoroute | Jusqu’à 20 % de l’énergie du trajet récupérée en ville ; davantage quand la pression sur la pédale est plus faible ; énergie de freinage par kilomètre variant d’un facteur six selon le conducteur |
| Szumska, revue de 89 articles, 2025 | Électriques, 2005 à 2024 | Énergie récupérée de 20 à 40 % de l’énergie de propulsion ; efficacité qui chute quand la demande de freinage dépasse la capacité du moteur-générateur |
| Université technique d’Eindhoven, 2015 | Voiture électrique, algorithme de conduite à une pédale | 22 % d’énergie en moins en ville et 13 % sur route par rapport à une conduite sans récupération ; environ 10 % par la seule anticipation en ville |
Ces résultats se lisent avec une condition commune : la récupération a un plafond de puissance. Quand le conducteur freine fort, la demande dépasse ce que le moteur-générateur peut absorber, et les freins à friction prennent le relais : l’énergie repart en chaleur. Un freinage doux et anticipé reste sous ce plafond ; un freinage tardif le dépasse. C’est ce qui explique le facteur six entre conducteurs mesuré par Szumska et Jurecki, sur le même véhicule.
Notre étude sur 5 millions de kilomètres en électrique retrouve cette mécanique en flotte : sur autoroute, où les occasions de décélérer sont rares, la récupération rend environ deux fois moins qu’en usage mixte, et le premier marqueur de l’écart entre conducteurs est la qualité du freinage.
Le second gain : la sécurité
L’énergie jetée dans les freins et la distance de freinage grandissent toutes deux avec le carré de la vitesse. Un regard porté loin devant, un pied levé plus tôt, et les deux baissent à la fois. La recherche le mesure sur de grandes flottes.
- Selon la Traffic Injury Research Foundation (2023), sur 2 604 conducteurs professionnels et 341 millions de kilomètres, l’écoconduite réduit de 7 % la probabilité d’un freinage brutal, de 8 % celle d’un virage brusque et de 4 % celle d’une collision.
- Selon la fiche Bison Futé établie avec l’ADEME, une conduite souple et anticipée réduit le risque d’accident de 10 à 15 %. La même fiche compare une conduite souple à une conduite nerveuse ; cet écart décrit deux styles extrêmes, pas le gain attendu d’une flotte.
Le lien entre style de conduite et sinistralité, et ce que nos clients ont constaté sur les accidents, sont détaillés dans accélérations, freinages, vitesse : ce que la science dit du lien avec les accidents.
Ce que nos mesures ajoutent : à véhicule identique, le conducteur fait l’écart
WeNow publie la consommation réelle de 42 modèles de flotte, mesurée sur des données issues exclusivement des systèmes connectés des constructeurs automobiles, transmises par le véhicule lui-même, du 1er juillet 2025 au 1er août 2026. Pour chaque modèle, la valeur publiée est la médiane des conducteurs éligibles, ceux qui ont parcouru au moins 3 000 km sur le modèle, et l’écart affiché est l’écart interquartile rapporté à la médiane : la distance entre le quart des conducteurs qui consomment le moins et le quart qui consomme le plus, sur le même véhicule.
| Modèle | Médiane réelle WeNow | Écart entre conducteurs | Conducteurs éligibles | Kilomètres mesurés |
|---|---|---|---|---|
| Renault Mégane E-Tech électrique | 17,07 kWh/100 | 13,1 % | 138 | 2 824 894 |
| Renault Scénic E-Tech électrique | 19,31 kWh/100 | 10,6 % | 105 | 2 027 733 |
| Peugeot 208 II électrique | 14,02 kWh/100 | 9,3 % | 125 | 1 322 213 |
Sur la Mégane E-Tech, 13,1 % séparent le premier et le troisième quartile des conducteurs, sur 138 conducteurs éligibles et 2 824 894 km : à véhicule identique, une part de la consommation tient au conducteur, et c’est la part qui se travaille. Les 42 modèles sont réunis dans la consommation réelle par modèle.
Le geste s’installe par la formation, puis tient par la mesure et l’animation : c’est l’objet de notre page écoconduite en entreprise, et de l’article pourquoi les gains d’écoconduite s’érodent, et ce qui les fait tenir.
Pour aller plus loin. Pour vérifier ce que vos véhicules transmettent, et mesurer conducteur par conducteur ce que l’anticipation change : tester l’éligibilité de vos véhicules, sans frais.
Questions fréquentes
Pourquoi freiner fait-il consommer ?
Parce que prendre de la vitesse a demandé de l’énergie, et qu’un freinage au frein la transforme en chaleur dans les disques. Selon Xu et al. (Sensors, 2021), en ville près de 40 % de l’énergie part dans les accélérations. Lever le pied tôt laisse le véhicule utiliser cette énergie pour avancer jusqu’à l’arrêt ; selon l’Université d’Eindhoven (2015), lever le pied tôt et laisser rouler économise environ 10 % d’énergie en ville, avant même la récupération.
Le freinage régénératif récupère-t-il toute l’énergie ?
Non. Selon Berjoza et al. (2022), une voiture électrique récupère en ville jusqu’à un quart de l’énergie qu’elle consomme grâce au freinage régénératif. Selon une revue de 2025 (Energies), l’énergie récupérée au freinage peut représenter 20 à 40 % de l’énergie de propulsion, à condition de freiner assez tôt pour rester dans la capacité du moteur-générateur : au-delà, les freins à friction prennent le relais et l’énergie est perdue. Selon Szumska et Jurecki (2022), un freinage doux récupère davantage qu’un freinage appuyé.
L’anticipation réduit-elle aussi le risque d’accident ?
Oui, et c’est mesuré. Selon la TIRF (2023), sur 2 604 conducteurs professionnels et 341 millions de kilomètres, l’écoconduite réduit de 7 % les freinages brutaux et de 4 % le risque de collision. Selon Bison Futé, une conduite souple et anticipée réduit le risque d’accident de 10 à 15 %. Le même geste sert l’énergie et la sécurité.
Quel écart l’anticipation fait-elle entre deux conducteurs du même véhicule ?
Sur les flottes que nous mesurons, à véhicule identique, l’écart entre le premier et le troisième quartile des conducteurs atteint 13,1 % sur la Renault Mégane E-Tech (médiane 17,07 kWh/100 sur 138 conducteurs éligibles et 2 824 894 km, du 1er juillet 2025 au 1er août 2026). Notre étude sur 5 millions de kilomètres en électrique relie cet écart d’abord à la qualité du freinage.
Sources
- N. Xu et al. (Jilin University), Sensors 21(19), « An Overview of Eco-Driving Theory, Capability Evaluation, and Training Applications », 2021. Consulter la source
- D. Berjoza, I. Pirs, I. Jurgena, World Electric Vehicle Journal 13(11), « Research into the Regenerative Braking of an Electric Car in Urban Driving », 2022. Consulter la source
- E. M. Szumska, R. Jurecki, Energies 15(24), « The Analysis of Energy Recovered during the Braking of an Electric Vehicle in Different Driving Conditions », 2022. Consulter la source
- E. M. Szumska, Energies 18(10), « Regenerative Braking Systems in Electric Vehicles: A Comprehensive Review of Design, Control Strategies, and Efficiency Challenges », 2025. Consulter la source
- J. Wang, I. Besselink, J. van Boekel, H. Nijmeijer (Université technique d’Eindhoven), EEVC, « Evaluating the energy efficiency of a one pedal driving algorithm », 2015. Consulter la source
- Traffic Injury Research Foundation (TIRF), avec Ressources naturelles Canada, « Quantifying the Benefits of Eco-Driving for Transportation Employers », 2 novembre 2023. Consulter la source
- Bison Futé (ministère chargé des Transports), avec l’ADEME, « Fiche L’écoconduite », non datée. Consulter la source
Mise à jour : 22 septembre 2026. Période mesurée pour les médianes WeNow : du 1er juillet 2025 au 1er août 2026. Sources ouvertes le 22 septembre 2026.

